Le BNF présente du 3 mars au 24 mai une exposition de photographies originale et rare. Cette exposition eut lieu au musée de l’Elysée de Lausanne avant de venir à Paris.
Quatre-vingt photographies sont exposées chronologiquement depuis le début du XIX e siècle jusqu’en 2006. Dès ces premiers jours, la photographie a été l’objet de discussions, d’affaires judiciaires ou de polémiques. Les commissaires de l’exposition, Christian Pirker, avocat au barreau de Genève et Daniel Girardin (conservateur du musée de l'Élysée de Lausanne), ont voulu montrer des photographies très bien mises en valeur par des cadres, eux-mêmes choisis avec soin pour chacune, et mises en avant par des socles ; un texte à côté en arrière-plan raconte leur histoire. Voici donc des photographies et leurs petites histoires. Nous découvrons leur création, leur diffusion, leur réception par le public, leurs déboires…On y trouve des clichés célèbres : la photo emblématique pendant la Guerre du Viêt Nam de la petite fille de Trang Bang brûlée au Napalm courant nue sur le bitume, et d’autres inconnus : la photo par Marc Garanger d’une Algérienne « dévoilée » pour des papiers d’identité en 1960.
Ainsi cette exposition étudie l’acte photographique. Les questions de droits d’auteurs ou du droit à l’image (qui s’oppose bien souvent à la liberté d’expression) sont profondément explorées autour de différentes affaires. En 1862 c’est le procès de Mayer et Pierson en France, en 1883 aux Etats-Unis, celui de Napoléon Sarony ; pour son Baiser de l’Hôtel de Ville, Doisneau dut essuyer plusieurs procès. Quand des millions sont à la clef, toutes les accusations sont bonnes ! Mais c’est dans les tribunaux finalement que la photographie fut définie comme une œuvre d’art originale, avec tous les privilèges qui en découlent. On suit donc aussi des affaires de droit de reproduction, d’accusation de faux dans des ventes publiques ou dans des musées.
Alors qu’on fait rimer photographier avec liberté, y a-t-il des limites à la création ? Quel message le photographe a voulu transmettre ? Quelle est sa démarche ? Est-ce une œuvre artistique, un document journalistique ou historique, une publicité ? Jusqu’où le photographe est-il impliqué ? L’image peut donc être un message politique comme celles de photographes communistes, d’autres de nazis, servant à la propagande. Des photos sont même modifiées, déviées, reprises à autre compte que le premier pour devenir mensonge, désinformation, outil de manipulation ! Le pouvoir appartient à celui qui contrôle l’image. Sur elle repose le poids d’un contexte historique, législatif ou éthique. On découvre dans cette exposition pourquoi elles seront dévaluées, critiquées, follement convoitées, rejetées et mise aux bans, interdites de publication. C’est peut-être tout cela qui fait justement leur valeur. En confrontant la photographie à son contexte historique, nous apprenons beaucoup sur cette société, les individus, la culture d’un temps passé mais aussi sur aujourd’hui.
Le cœur et l’esprit empruntent bien des chemins au fur et à mesure qu’on longe les murs. Le visiteur sourit devant certaines, recule face à d’autres, reste scotché ou fasciné devant de nouvelles. Les lois, les sensibilités, les convictions sont différentes et font que des personnalités ou des pays acceptent plus que d’autres certaines images. N’ayez donc pas peur de la controverse et rentrez dedans.
M.R.
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